Pour avoir du style (leust) dans mon nouveau tiéquar (quartier) vaut mieux écouter du 130A que du M. Et pour ce qui est de la tchatche vaut mieux parler verlan que bobo. Mais le verlan ça ne s'invente pas et il existe des règles à ne pas enfreindre pour le parler correctement. Comme toute langue, on peut y trouver des régularités mais aussi des exceptions. Et puis il y a les mots qu'on a tellement intériorisés qu'on ne sait plus que c'est du verlan. Le cas extrême est le mot "barjo", eh ben oui c'est le verlan de "jobart" c'est le saint petit Robert qui le dit...
Moi le verlan ça m'a toujours fait golri (rigoler). On prend un mot et on le renverse. Mais y a des pièges. Si c'est un mot d'une syllabe avec juste une consonne et une voyelle, c'est trop facile, suffit d'inverser les sons, c'est un truc de ouf. Là où c'est intéressant pour le linguiste que je suis, c'est que le verlan à ses propres règles. On ne fait pas la liaison par exemple. En français, on peux dire "va sucer des Zours" (ou sucer un Nours, si le keum ne nous veux pas trop de mal), mais en verlan, on ne peut pas dire "c'est un Nouf", on est obligé de dire "ct'un ouf" sans la liaison. C'est ça avoir le staïle... ou vouloir faire staïle...
Pour les mots consonne-voyelle-consonne, c'est un peu plus prise de tête parce qu'on peux avoir le choix. Soit on garde la voyelle, soit on ne la garde pas. Par exemple "bête" se dit "teubé", mais si on applique cette règle partout on est un peu teubé justement, parce que ça marche pas avec "teub" (bite), où la voyelle "i" a disparu. Dans un cas, on a décidé que le mot "bêtEU" devenait "teubé" juste en inversant, dans le deuxième cas "bitEU" devient "teubi" puis on supprime le "i" final. Et je ne parle même pas des cas de verlan verlanisé comme "beur" qui est devenu "rebeu" mais qui à l'origine était le mot "arabe" (arabe -> beur -> reubeu). Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui car la suite devient encore plus complexe. Heureusement, on n'est pas obligé de connaitre toutes ces règles pour utiliser quelques mots de verlan comme "beuh" (herbe) ou "keuf" (flic), notre lexique mental arrive toujours à la rescousse dans ces cas là sans passer par la case "règles"...
Pour illustrer un peu le propos, voici un clip de 130A où on peut entendre, entre autre, les mots "reus" (soeur), "milleaf " (famille) et "tinma" (matin). Bonne découverte...
Et pour en savoir plus :
Méla, Vivienne. 1997. “Verlan 2000.” Langue Française 114: 16-34.
Plénat, Marc. 1995. “Une approche prosodique de la morphologie du verlan.” Lingua 95: 97-129.
Moi le verlan ça m'a toujours fait golri (rigoler). On prend un mot et on le renverse. Mais y a des pièges. Si c'est un mot d'une syllabe avec juste une consonne et une voyelle, c'est trop facile, suffit d'inverser les sons, c'est un truc de ouf. Là où c'est intéressant pour le linguiste que je suis, c'est que le verlan à ses propres règles. On ne fait pas la liaison par exemple. En français, on peux dire "va sucer des Zours" (ou sucer un Nours, si le keum ne nous veux pas trop de mal), mais en verlan, on ne peut pas dire "c'est un Nouf", on est obligé de dire "ct'un ouf" sans la liaison. C'est ça avoir le staïle... ou vouloir faire staïle...
Pour les mots consonne-voyelle-consonne, c'est un peu plus prise de tête parce qu'on peux avoir le choix. Soit on garde la voyelle, soit on ne la garde pas. Par exemple "bête" se dit "teubé", mais si on applique cette règle partout on est un peu teubé justement, parce que ça marche pas avec "teub" (bite), où la voyelle "i" a disparu. Dans un cas, on a décidé que le mot "bêtEU" devenait "teubé" juste en inversant, dans le deuxième cas "bitEU" devient "teubi" puis on supprime le "i" final. Et je ne parle même pas des cas de verlan verlanisé comme "beur" qui est devenu "rebeu" mais qui à l'origine était le mot "arabe" (arabe -> beur -> reubeu). Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui car la suite devient encore plus complexe. Heureusement, on n'est pas obligé de connaitre toutes ces règles pour utiliser quelques mots de verlan comme "beuh" (herbe) ou "keuf" (flic), notre lexique mental arrive toujours à la rescousse dans ces cas là sans passer par la case "règles"...
Pour illustrer un peu le propos, voici un clip de 130A où on peut entendre, entre autre, les mots "reus" (soeur), "milleaf " (famille) et "tinma" (matin). Bonne découverte...
Et pour en savoir plus :
Méla, Vivienne. 1997. “Verlan 2000.” Langue Française 114: 16-34.
Plénat, Marc. 1995. “Une approche prosodique de la morphologie du verlan.” Lingua 95: 97-129.