mardi 18 août 2009

Avoir le leust dans ma téci.

Pour avoir du style (leust) dans mon nouveau tiéquar (quartier) vaut mieux écouter du 130A que du M. Et pour ce qui est de la tchatche vaut mieux parler verlan que bobo. Mais le verlan ça ne s'invente pas et il existe des règles à ne pas enfreindre pour le parler correctement. Comme toute langue, on peut y trouver des régularités mais aussi des exceptions. Et puis il y a les mots qu'on a tellement intériorisés qu'on ne sait plus que c'est du verlan. Le cas extrême est le mot "barjo", eh ben oui c'est le verlan de "jobart" c'est le saint petit Robert qui le dit...

Moi le verlan ça m'a toujours fait golri (rigoler). On prend un mot et on le renverse. Mais y a des pièges. Si c'est un mot d'une syllabe avec juste une consonne et une voyelle, c'est trop facile, suffit d'inverser les sons, c'est un truc de ouf. Là où c'est intéressant pour le linguiste que je suis, c'est que le verlan à ses propres règles. On ne fait pas la liaison par exemple. En français, on peux dire "va sucer des Zours" (ou sucer un Nours, si le keum ne nous veux pas trop de mal), mais en verlan, on ne peut pas dire "c'est un Nouf", on est obligé de dire "ct'un ouf" sans la liaison. C'est ça avoir le staïle... ou vouloir faire staïle...

Pour les mots consonne-voyelle-consonne, c'est un peu plus prise de tête parce qu'on peux avoir le choix. Soit on garde la voyelle, soit on ne la garde pas. Par exemple "bête" se dit "teubé", mais si on applique cette règle partout on est un peu teubé justement, parce que ça marche pas avec "teub" (bite), où la voyelle "i" a disparu. Dans un cas, on a décidé que le mot "bêtEU" devenait "teubé" juste en inversant, dans le deuxième cas "bitEU" devient "teubi" puis on supprime le "i" final. Et je ne parle même pas des cas de verlan verlanisé comme "beur" qui est devenu "rebeu" mais qui à l'origine était le mot "arabe" (arabe -> beur -> reubeu). Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui car la suite devient encore plus complexe. Heureusement, on n'est pas obligé de connaitre toutes ces règles pour utiliser quelques mots de verlan comme "beuh" (herbe) ou "keuf" (flic), notre lexique mental arrive toujours à la rescousse dans ces cas là sans passer par la case "règles"...

Pour illustrer un peu le propos, voici un clip de 130A où on peut entendre, entre autre, les mots "reus" (soeur), "milleaf " (famille) et "tinma" (matin). Bonne découverte...

Et pour en savoir plus :
Méla, Vivienne. 1997. “Verlan 2000.” Langue Française 114: 16-34.
Plénat, Marc. 1995. “Une approche prosodique de la morphologie du verlan.” Lingua 95: 97-129.


mercredi 12 août 2009

De l'utilité de la répétition

Ce titre pourrait faire aisément référence à la pédagogie qu'on dit faite de répétitions. Il n'en est rien. En fait, cela fait plus particulièrement référence à mon domaine. Je m'explique. En physique, on a du apprendre que pour qu'une expérience soit validée, elle faut qu'elle soit répétée. C'est un peu dans la même idée qu'en acquisition du langage on dit que tel élément (mot, tournure grammaticale...) est acquis que quand il est réitéré plusieurs fois par l'enfant en différentes circonstances.

Il en va de même pour les sons même si ça peut paraitre un peu étrange au premier abord. Prenons un exemple. Votre enfant que vous avez intelligemment nommé Albertine (en référence à Proust votre auteur préféré) à deux mois et pour vous c'est un génie de la parole. Elle est capable de vous produire des sons qu'existent même pas en français et que vous ne pourriez certainement pas imiter. Vous vous vanterez lors d'un repas bien arrosé qu'elle parlera très certainement super bien anglais car hier soir vous l'avez entendu produire parfaitement les impossibles "th" de l'anglais.
Malheureusement pour vous (et pour elle), il y a peu de chance pour que cette prédiction se réalise. En effet, entre 1 et 4 mois environ, le bébé s'éclate à essayer un peu toutes les positions qu'il peut faire avec la bouche et les sons qui vont avec. Il n'a aucun contrôle sur ses actions ou si peu, et la preuve majeure c'est qu'il ne peut pas répéter ses fameuses prouesses que vous avez entendu la veille. Et ouais, ça veut dire qu'elle n'a pas acquis les sons en question, ça veut juste dire qu'elle a juste eu la chance du débutant...
C'est un peu comme la première fois où j'ai eu à lancer un disque en athlétisme. Mon premier jet avait été excellent, je savais pas comment j'avais fait et je ne sais toujours pas car je n'ai jamais réussi à répéter la performance.

Aux environs de 5, 6 mois, Albertine va rentrer dans la phase qu'on appelle babillage canonique. Durant cette phase, elle produira plein de consonnes mais cette fois-ci souvent les mêmes et dans la grande majorité des cas des consonnes qu'on utilise en français. Surtout, elle ne se bornera pas à produire ses consonnes aux hasards mais elle se mettra à les répéter "ba ba ba ba ba", "ti ti ti ti ti ti", "gu gu gu gu"... Ce basculement de la variation heureuse à la répétition est aussi le basculement de la découverte à l'acquisition. Les consonnes répétées durant la phase de babillage sont bien cette fois-ci acquises car du fait de leur répétition, Albertine montre qu'elle a un certain contrôle sur sa production...

ps: Je ne l'ai pas signalé, mais afin d'atteindre un semblant de rigueur scientifique dans ce petit billet, j'ai assumé que Albertine était née en France, de parents parlant uniquement le français.