mercredi 4 mars 2009

Comment se faire embaucher comme enseignant-chercheur au Canada et en France

Dans ces temps troublés, voici un petit comparatif tout personnel sur la façon dont est traité ce genre d'affaire des deux côtés de l'Atlantique.
C'est vrai ça, est-ce qu'il y a tant de différences que ça pour que ça mérite un billet. Je dirais pas tant, mais les différences sont assez révélatrices vous allez voir.

Bon tout d'abord, pour pouvoir postuler à ce genre d'emploi dans les deux pays, il faut au minimum avoir une thèse, ce qui est somme toute assez facile (petit rappel, une thèse c'est bac+8 minimum, plus un gros pavé d'écrit sur un sujet intéressant ou pas, mais là c'est pas à nous de juger).

Une fois la thèse obtenue, on se dit : "chouette ça y est je vais pouvoir être enseignant-chercheur". Que nenni mon ami! Bac+8 n'est généralement pas suffisant dans la plupart des disciplines, donc on muscle son CV par une ou plusieurs années à l'étranger (j'en suis à ma deuxième). Malgré tout on perd pas espoir et on postule par ci par là.
Pour le Canada c'est simple, on postule dès qu'on voit une annonce proposée par une université (ça peut être tout au long de l'année). Une thèse suffit, il suffit d'y rajouter un CV, une lettre de motivation, des lettres de recommandations et le tour est joué.

En France, le tout est centralisé dans Galaxie, certains postes peuvent apparaitre au fil de l'eau (c'est à dire n'importe quand), mais la grande majorité apparaissent début mars pour le big concours. Mais hop hop hop! On va trop vite en besogne là. En France, la thèse est nécessaire mais pas suffisante pour présenter les concours de Maitre de Conférences, Il faut d'abord monter un dossier après sa thèse qui passera devant une commission qui déterminera si votre thèse est bonne ou pas. Si pas bonne pas concours même si thèse. Ah ben oui.
Je recapépète pour ceusse qu'on pas suivi là bas au fond. Au Canada, tu as une thèse, tu postules où tu veux quand tu veux. En France, tu viens d'avoir une thèse, ben ma grosse feignasse de bac+8 qui veut pas finir tes études, faut te bouger ton gros derrière car il faut remplir ton dossier de qualification si tu veux passer les concours l'année suivante.

Bon une fois qu'on a obtenu sa qualif, on attend fébrilement début mars en espérant qu'il y ait un profil de poste qui correspond. Dès que la liste est publiée sur le site Galaxie, on candidate (en général à 3 ou 4 postes en moyenne, c'est selon le menu). Les postes sont liés à une université, ce qui veut dire qu'on peut très bien candidater à Toulouse, Nantes, Lille, Strasbours et Paris. Le dossier est un peu plus long qu'au Canada. Notamment, il faut envoyer un CV analytique (en gros ça veut dire que tu dois tout détailler et que ton CV fini par faire 8 à 10 pages) et au cas où ton jury de thèse et les mecs de la qualif auraient mal fait leur boulot, renvoyer le rapport de soutenance de thèse.

Mais c'est pas le mieux. L'administration française est mesquine on le sait. Dès lors, il demande de fournir plusieurs exemplaires (ce qui peut paraitre normal) et de fournir l'enveloppe de retour prétimbrée. Cela a bien fait rire mes ami(e)s canadiens je dois dire. Bon déjà, demandé une enveloppe pour le retour de courrier c'est petit bras (même si c'est très répandu en France) mais évidemment elle doit être prétimbrée. Vive l'ouverture sur l'international! Où vais je trouver des timbres français au Canada car si je leur mets des timbres canadiens sur leur enveloppe de retour pas sur que quand ils posteront leur réponse, la poste apprécie. beaucoup.. Je tiens à préciser que tout cela est indiqué noir sur blanc dans" l'Arrêté du 15 septembre 2008 relatif aux modalités générales des opérations de mutation, de détachement et de recrutement par concours des maîtres de conférences" vous pouvez vérifier par vous même, même l'histoire des petites enveloppes prétimbrées, si, si...

Du coup, si vous êtes comme moi à l'étranger, ben vous vous faites envoyer les timbres français dans votre pays d'accueil par un(e) ami(e) compatissant(e).

Viens la deuxième phase, l'interview ou l'audition. Si votre magnifique dossier à taper dans l'œil du comité de sélection, on vous convoque pour une interview au Canada ou pour une audition en France.

Petite précision de taille, au Canada, vous êtes considéré comme ayant déjà un certain niveau (bac+8 tu m'étonnes), donc ils font les choses en grand. Si vous êtes convoqué, ils vous payent le billet aller-retour, l'hôtel et quand vous arrivez, ils vous prennent par la main et vous font faire le tour du propriétaire. En résumé, ils essayent de vous vendre leur université car ils savent que vous ne postulez pas que chez eux et eux aussi veulent faire bonne impression au cas où vous seriez choisi par plusieurs université.

Pour la France, je vous fais pas un dessin, ils vous ont déjà fait payé l'enveloppe de convocation et le timbre qui va avec, c'est pas pour vous payer le voyage au frais de la princesse nous les encore étudiants (même si en post-doc, oui oui, j'ai du remplir un questionnaire du ministère l'année dernière qui considérait que si on était en post-doc ben on était encore en train de faire des études, je sais pas ce qu'ils prennent au ministère mais ça doit vraiment être de la bonne).

Donc sur les 5 candidatures, disons que vous êtes convoqués pour trois présentations (Strasbourg, Nantes et Toulouse pour faire simple). Vous êtes à l'étranger, vous prenez donc un congé, vous vous payez un billet aller-retour (plus plein de billets de train, j'espère que vous avez fait des économies pour ça) et une fois sur place vous priez pour que les auditions ne se passent pas le même jour où à des dates trop éloignées l'une de l'autre (non parce que ça vous amuse pas beaucoup de prendre tout ça sur vos vacances). Ai-je besoin de préciser que pour ce qui est du Canada, la date de l'interview est fixé en accord avec les deux parties?

Si j'ajoute à ça qu'on gagne mieux sa vie au Canada, vous vous demandez sans doute pourquoi on reviendrait s'embêter avec un concours en France où le système nous considère comme des pseudos étudiants fainéants. Ben parce qu'on a une vie aussi, de la famille, des ami(e)s, peut-être une moitié qui nous attends, et aussi que la bonne bouffe et le bon vin bien de chez nous ça nous manque malgré tout...

Petite intermède de décompression : Michel Fugain dans "les gentils et les méchants"

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